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Roger Nordmann

Conseiller national, Président du Groupe socialiste du Parlement

Parti socialiste vaudois / lausannois

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Conférence de presse Alliance pour le Climat 26.2.2011

La réduction des émissions de CO2 est un puissant moteur économique

Pour un New Deal énergétique

Longtemps, le débat politique a tourné autour de la question de savoir quelle dose de protection de l’environnement était supportable pour l’économie.  Les acteurs économiques, politiques et non gouvernementaux se positionnaient selon cet axe. Ce schéma mental  a marqué pendant 20 à 30 ans la discussion politique. Par temps de haute conjoncture, on protégeait davantage l’environnement. A contrario, en période de basse conjoncture, la protection de l’environnement stagnait ou reculait, car on la considérait comme un luxe superflu. Ce phénomène a été très visible pendant les années 1990, où la situation économique mitigée a empêché des progrès et où l’UE a rattrapé la Suisse.

On observe actuellement un renversement rapide des schémas de pensée. Concrètement, comme un gros bloc de granit qui cherche un nouvel équilibre, les paradigmes sont en train de basculer. Le premier mouvement a déjà eu lieu, le second est en train de se produire. 

Premier basculement de paradigme: l’inaction a un coût

Au plus tard depuis le rapport de Sir Nicholas Stern (30 octobre 2006), on sait qu’au niveau global, on ne peut plus opposer la lutte contre le réchauffement climatique au maintien de la prospérité. Stern a simplement constaté qu’éviter le réchauffement climatique aura un coût, mais que le coût de l’alternative consistant à ne rien faire serait encore plus élevé.  La conclusion politique sur la base du rapport Stern a induit le premier basculement du paradigme : économiquement, il est plus avantageux de prévenir le changement climatique que de le subir.

Second basculement : la réduction des émissions est rentable et stimulante 

Or on s’aperçoit maintenant de deux choses : premièrement, sous l’angle macroéconomique, les réductions d’émissions de CO2 sont rentables. Le calcul est simple : chaque fois que l’on évite l’émission d’une tonne de CO2, on économise l’achat de 300 à 400 kg de combustible fossile. Deuxièmement, les investissements nécessaires peuvent constituer le moteur de l’économie pour les 50 prochaines années.

Dans l’étude McKinsey[1], les auteurs étudient la rentabilité des réductions d’émissions de gaz à effets de serre (GES) en Suisse, en fonction de deux niveau du prix du pétrole (52$ et 100$ le baril). S’agissant des prix du pétrole, personne n’est devin, mais même l’agence internationale de l’énergie prévoit désormais un peak-oil en 2020 et des prix autour de 100$ d’ici 2015, puis de 120$ ensuite[2]. Les auteurs se sont concentrés sur le potentiel technique des secteurs du bâtiment, des transports et de l’électricité (importation&efficacité)

Tableau : le potentiel de réduction « rentable » en Suisse selon McKinsey (coût négatif ou inférieur à fr. 150.- to de CO2 eq), en millions de tonne d’équivalent CO2, investissement et gain net.

 

Réduction dont le coût d’évitement est négatif (= économie nette), en mto*

Réduction dont le coût  d’évitement est entre fr. 0 et  15.- par tonne de CO2, en mto*

Réduction dont le coût  d’évitement est entre fr. 15.- et 150.- par tonne de CO2, en mto*

Réduction totale  des émissions de GES de la Suisse par rapport à 2007

Investissement brut pour réaliser d’ici 2030 tout le potentiel coûtant moins de fr. 150.-/to

Economie annuelle nette sur l’ensemble (investis-sement– économie d’énergie)

Baril à 52$

8,3  

6.7

5.9

34%

57 milliards

 

110 millions

Baril à 100$

19.6

0.6   

2.4

37%

72 milliards

 

900 millions

*mto   = millions de tonne d’équivalent CO2

Conclusion de McKinsey : avec les réductions présentées dans le tableau ci-dessus et celles envisageables dans l’agriculture et les cimenteries, une réduction rentable de l’ordre de 40% à l’horizon 2030 est non seulement réaliste, mais globalement rentable[3]. Avec le développement des transports publics, on peut même viser davantage.

A cela s’ajoute la dimension dynamique. La modernisation des infrastructures et des équipements représente un volume d’investissement privé et public supplémentaire d’environ 3 milliards par ans au bas mot. Il s’agit là d’un puissant moteur économique dès le court terme pour soutenir l’emploi.

A moyen et long terme, outre les économies ci-dessus résultant d’une efficacité accrue, l’acquisition d’une leadership technologique et commerciale dans le domaine est très précieux. En effet, le monde entier aura un besoin massif de ces technologies pour pouvoir se développer selon sur une voie supportable. Pour un pays comme le notre, exportateur de technologie, l’opportunité est immense. L’étude Infras[4] montre aussi l’évolution structurelle qui en découler : alors que les branches du raffinage, du plastique et du ciment s’affaibliront, les secteurs du bois, du recyclage, de la construction et des énergies renouvelables se renforceront. L’exemple de l’Allemagne est édifiant : en 2007 les nouvelles énergies renouvelables représentaient 249'000 places de travail, soit déjà 60% des emplois dans le secteur automobile.

Au plus tard depuis l’effondrement du secteur financier, la convergence entre les questions climatique et économique est définitivement avérée. D’un point tant macroéconomique que conjoncturel et technologique, il serait donc complètement irresponsable de renoncer à exploiter ce potentiel de réduction d’émissions en Suisse. C’est une raison supplémentaire de viser une réduction d’au moins 30% des émissions en Suisse à l’horizon 2020, comme le demande notre initiative.

Reste une question : si une réduction des émissions de 35% ou 40% est globalement rentable, pourquoi ne se fait-elle pas « spontanément » ? Le rapport Stern comme l’étude McKinsey expliquent cela un série d’échec du marché : manque d’information, horizon temporel trop court des investisseurs et des acheteurs, aversion au risque, accès trop cher au capital, manque de volonté, etc. Et tout deux affirment que l’Etat doit intervenir avec divers instruments permettant de corriger ces échecs du marché, afin que notre économie et notre société profitent du potentiel de réduction des émissions : information, prescription, incitation économiques, rétribution d’injection, investissement, soutien de la recherche, etc.  Il s’agit là de l’essence d’une bonne politique climatique.

Or une bonne politique climatique en Suisse, c’est justement ce que le Parti socialiste et l’alliance pour le climat dans son ensemble demande. Nous avons besoin d’un New Deal énergétique, tant pour le climat pour l’économie. Et comme Hans-Peter Fricker vous l’expliquera, la population y gagnera aussi sur le plan social et sanitaire.

 

[1] Marco Ziegler, Reto Bättig, Swiss GhG abatment cost curve, McKinsey, Zürich, janvier 2009 (disponible sous  www.mckinsey.com/clientservice/ccsi/pdf/
GHG_cost_curve_report_final.pdf )

[2] http://www.worldenergyoutlook.org/

[3]Le potentiel dans l’agriculture, l’industrie du ciment et l’aviation n’est pas pris en compte. Ils excluent également par hypothèse tout changement des comportements, tels qu’un usage accru des transports publics. A noter que le second scénario comporte une variante incluant la sortie du nucléaire. Dans un tel scénario, que nous souhaitons, le potentiel de réduction se monte à de 34% au lieu de 37%. On observe donc au passage que le nucléaire n’est absolument pas décisif pour la réduction des gaz à effet de serre.

[4] Martin Peter, Rolf Iten, Wirtschaft, Wachstum und Umwelt- Skizze einer Klimavertäglichen Schweizer Wirtschaft 2035, Infras, juin 2008, sur mandat du WWF.

PSS 26.2.2009

 

 

 

  

 

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