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Roger Nordmann

Conseiller national, Président du Groupe socialiste du Parlement

Parti socialiste vaudois / lausannois

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Article Le Temps, 29.3.06

Comment satisfaire des aspirations légitimes ?

La contestation du CPE reflète une aspiration légitime à la sécurité matérielle de l’ensemble de la population. Au fond, le message est simple : chaque personne qui accepte de se former et de travailler doit pouvoir gagner décemment sa vie et ne pas risquer la précarisation économique. Cette aspiration universelle est indépendante de l’âge : les gens espèrent pouvoir gagner leur vie jusqu’à l’âge de la retraite et disposer ensuite d’une pension qui leur assure un niveau de vie décent. Mesuré à cette aune, le système français est peu performant : le chômage des jeunes est élevé, et les gens sortent très tôt du marché du travail, ce qui, par ricochet, précarise le financement des retraites. 

Dans cet affaire, on a beaucoup entendu une explication inspirée de la théorie des vases communicants : les personnes au bénéficie d’un emploi stable bénéficieraient d’avantages indus, au détriment de ceux qui n’ont pas d’emploi ou qui ont des jobs instables. Il faudrait donc mettre toute la population dans une sorte d’« instabilité homogène » pour assurer l’équité, voire pour augmenter la productivité. Cette analyse me paraît fumeuse pour quatre raisons au moins :  1) les entreprises elles-mêmes ont globalement intérêt à des relations de travail stables, gage de productivité.  2) la précarisation des intégrés ne garantit nullement l’intégration des précarisés   3) cette manière de procéder nous éloigne des aspirations légitimes de la population. 4) Une précarisation générale mine la confiance des ménages et plombe la demande macro-économique.  

L’approche des vases communiquant est passionnante pour alimenter les polémiques, mais elle ne permet guère de sortir par le haut de la crise: Villepin espérait probablement jouer sur  les divergences d’intérêts entre catégories de salariés, mais les vases ont fini par se mélanger. 

La question centrale me paraît se situer ailleurs : l’économie parvient-elle à garantir  la stabilité à laquelle aspire la population ? Depuis un certain temps déjà, cela ne semble plus être le cas, pour des raisons sur lesquelles il est par ailleurs difficile d’agir à l’échelon national: concurrence mondiale, mutation technologiques et mentalité de Shareholder-value. Face à ces évolutions, la question formelle de la rigidité des contrats de travail devient presque accessoire, tant le marché exploite de toute manière toutes les astuces pour la contourner, par exemple en enchaînant des contrats à durée déterminée ou les faux indépendants.

Face à cette donne, il est nécessaire d’imaginer des systèmes de protection sociale qui protègent solidement les individus de la précarité et leur permettent retrouver rapidement un emploi. Dans les grandes lignes, les pays nordiques ont mis en place des systèmes de politique active du marché du travail, avec un suivi très actif des chômeurs et un niveau d’indemnité élevé. La Suisse a aussi une certaine expérience dans le domaine. Mais les nordiques vont plus loin que nous: ils offrent aussi un revenu de substitution pour les personnes désireuses d’acquérir sur le tard une nouvelle formation. Et investissent massivement dans la formation initiale des jeunes, y compris par des bourses. Cette politique à un coût élevé et nécessite une fiscalité forte et progressive. Elle est impraticable dans une logique de démantèlement de l’impôt. Pourtant, les faits montrent qu’elle mène à de bons résultats en terme d’emploi et de productivité. 

Le succès d’une telle politique dépend évidemment du contexte macro-économique : former et coacher les gens pour se préparer à occuper des emplois qui n’existent pas est un exercice absurde. A cet égard, les Suédois ont mis toute les chances de leur côté, en menant une politique monétaire plus souple que celle de la zone. Et en maintenant une fiscalité très redistributive, gage d’une répartition équitable des revenus et donc d’une consommation élevée. L’émergence d’une gauche néo-rocardienne en France permettrait peut-être de bouger les bons paramètres, y compris à Francfort. 

 

Le Temps, 29.3.06

 

 

  

 

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23.3.2017