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Roger Nordmann

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Article Domaine Public, 31 janvier 2003

Formation supérieur et déclaration de Bologne: Un puissant catalyseur dans la marmite universitaire suisse

Par Roger Nordmann, 31 janvier 2003

Signée par 31 pays européens dont la Suisse, la Déclaration de Bologne du 19 juin 1999 entend susciter un Espace européen de la formation supérieure. Pour l'entier du tertiaire (universitaire et HES), elle vise à renforcer la mobilité des participants, la compatibilité des systèmes et la qualité de la formation. DP en présente les axes principaux.

Bologne et nos carences institutionnelles 

La Déclaration de Bologne proclame des intentions. Elle cherche à donner une impulsion pour rénover le paysage de la formation supérieure en Europe. La voie choisie est celle de l’adhésion volontaire et de la persuasion, sans utilisation d’instruments juridiquement contraignants pour les Etats signataires, dont la Suisse. Mais dans les faits, Bologne a d’ores et déjà déclenché des modification importantes. Ne pas y participer nous aurait découplé du reste du continent.

Simple déclaration d’intention, ce texte n’a pas été soumis à la ratification des parlements nationaux,  en dépit de sa portée matérielle considérable. Pour les pays membres de l'UE, ce défaut de démocratie reste supportable : primo, Bologne s'inscrit assez parfaitement dans la lignes des efforts suivis par les institutions de l'UE, y compris le Parlement Européen. Secundo, la signature de la déclaration relève clairement d’un ministère national de l’éducation supérieure, responsable politique du domaine. Tertio, certains pays ont procédé à des adaptations de la législation nationale, ce qui exige un débat parlementaire.

En raison de la structure hyper-fédéraliste et l’Alleingang, aucune de ces trois conditions n’est réunie en Suisse. La situation y est même aggravé par le fait que la mise en œuvre échappe aux autorités cantonales, théoriquement compétentes : en s’appuyant sur la loi fédérale sur l’aide aux universités et la coopération dans le domaine des hautes écoles, les cantons universitaires et la Confédération ont instauré la Conférence universitaire suisse (CUS). Composée des responsables de départements des cantons universitaire et du Secrétaire d'Etat à la Science et à la recherche, cet organe hybride va adopter seul des directives contraignantes pour la mise en œuvre de Bologne. Ces directives, actuellement en consultation, ont la porté matérielle d’une loi fédérale. La CUS a chargé un autre organe hybride, la Conférence des recteurs des universités Suisse (CRUS), de la seconder dans la mise en œuvre de la déclaration de Bologne. Cette dernière est notamment chargée d’organiser un processus de suivi participatif, mais dont les associations estudiantines sont  longtemps restées exclues… Autant dire qu'à l’exception de l’autorisation initiale de signature décidée par le Conseil fédéral, Bologne à la sauce helvétique échappe complètement au contrôle démocratique.

Ce constat est inquiétant, non pas pour la formation supérieure, pour laquelle Bologne représente un chance, mais pour les institutions du pays.  A focaliser toutes ses énergies sur l’ossification des structures et des prérogatives cantonales, à cultiver un Alleingang européen, la Suisse se perd dans des bricolages technocratiques. L’architecture discutable de la CUS préfigure les montages qui se pratiqueront dans les secteurs soumis à la force des faits. Sous peine d’anesthésie démocratique et de paralysie décisionnelle, il faut d’urgence empoigner  notre problème institutionnel.

Pour entrer dans le dossier : www.crus.ch  


Les grandes lignes de la Déclaration Bologne

La Déclaration de Bologne propose d’échelonner les études supérieures en deux cursus successifs : le premier aboutit au “ bachelor ” et le second  au “ master ”, lequel n’a rien à voir avec les formation poste-grades qui portent encore cette dénomination.

Un intérêt pédagogique

Sur le plan pédagogique, cette articulation doit faciliter les changements d’institutions et de filières en cours d’études : le master ne devrait pas nécessairement être accompli dans l’institution où l’on a obtenu le bachelor. Une certaine réorientation serait possible de l’un à l’autre. Le bachelor remplit une fonction charnière et valide l’achèvement de la formation scientifique de base dans une discipline donnée. A certaines conditions, les titulaires d’un bachelor non universitaire (p. ex. technique ou pédagogique) pourraient se raccorder sur un master universitaire.

L’échelonnement doit également contribuer à casser  l’effet de tunnel : l’étudiant ne serait pas obligé d’étudier cinq ou six ans pour bénéficier d’un titre, sans échéance intermédiaire. Muni de son bachelor, l’étudiant qui le souhaite peut acquérir une première expérience sur le marché du travail avant de poursuivre ultérieurement ses études.

Des objectifs économiques et politiques

L'articulation “ bachelor-master ” vise explicitement la création d’un marché européen du travail sur lequel les titres sont plus clairement définis et davantage comparables.  Dans cette perspective, il est prévu d’introduire  un document qui complèterait chaque diplôme en spécifiant de manière plus précise ce qu’il recouvre.

A l’instigation de l’Espagne, soucieuse de réduire le chômage des jeunes diplômés, la Déclaration prévoit que le bachelor corresponde à un «  niveau de qualification approprié pour l’insertion sur le marché du travail ». Ce volet est à juste titre critiqué, car il pourrait aboutir à des études axées excessivement sur la pratique au détriment des bases théoriques et de l’esprit critique. Reste qu’il serait malvenu d’idéaliser les qualités théoriques et critiques des études massifiées selon l’organisation actuelle. A relever que cette orientation n’est pas consubstantielle au système de Bologne.

La généralisation du système des crédits

Pour permettre les comparaisons et faciliter la mobilité, Bologne prévoit que l’ensembles des filières de formation adopteront le système des crédits : il s'agit d’unités capitalisables et transférables de formation. Chaque cours ou séminaire correspond à un certain nombre de crédits et l’accomplissement d’une année d’études nécessite l’accumulation d’un nombre donné de ces crédits. Dans les fait, on assiste à la généralisation de l' “ European credit transfer system (ECTS) ”, un standard initialement créé par l’Union européenne pour la reconnaissance des enseignements hors de son université d’attache.


Crédits et liberté académique

Un crédit ECTS correspond à un volume estimé à 30 heures de travail de la part de l'étudiant. Ce temps prend en compte l'entier du travail de l'étudiant: présence au cours ou au séminaire, temps d’étude, travail personnel et préparation d'examen. En règle générale, l’obtention du bachelor exige 180 crédits, celle du master entre 90 à 120. Une personne qui étudie à plein temps  peut obtenir 60 crédits / an, ce qui correspond à 1800 heures de travail. Il en découle que le bachelor à plein temps dure trois ans, et le master une année et demie à deux ans.

Le système des crédits permet une certification progressive : celles et ceux qui veulent ou qui doivent étudier à temps partiel pour des raisons familiales ou financières peuvent moduler leur vitesse de progression. L’étudiant peut “ capitaliser ” le fruit de son travail et le faire reconnaître.  Cela facilite la mobilité, mais aussi le redémarrage après une interruption.

Enfin, s’il est intelligemment mis en place, le système des crédits restitue à chaque étudiant une grande liberté pour personnaliser son menu d’étude à l’intérieur de chacune des filières. Sa souplesse permet donc de restaurer une certaine liberté académique.


Les enjeux de la mise en œuvre.

En faisant irruption dans un système universitaire figé, la Déclaration de Bologne se révèle un levier de changement bienvenu. Toutefois, ses effets seront positifs ou négatifs selon l’usage qui en sera fait.

Le système d'études échelonnées  est conçu pour des études rapides :  l’obtention du master devrait se faire en cinq ans, alors que l’obtention de la licence dure actuellement  six ans en moyenne suisse. Dans la pratique, la tendance à surcharger les programmes d’études pourrait cependant aboutir au contraire à un allongement. Ce serait notamment le cas si l’on compressait le contenu de la licence actuelle dans le premier cursus aboutissant au bachelor, puis qu’on le faisait suivre d’un master.

Or c’est plutôt un raccourcissement des études qu’il faut viser, particulièrement longues outre-Sarine. On rappellera ici  que la longueur des études peut devenir un obstacle considérable pour les étudiants de condition modeste, car ce sont autant d’années d’études à financer. Des préoccupations macro-économiques et financières plaident dans ce sens. L’introduction du nouveau système exige donc une refonte en profondeur des cursus. Il faudra prendre acte du fait qu’il n’est désormais plus possible mémoriser l’ensemble des fondements d’une discipline.

Des études plus actives

La mise en œuvre de Bologne constitue une occasion unique d’ajuster le paradigme l’enseignement universitaire à la massification qu’il a vécu au cours des 40 ans dernières années.  En particulier, il est douteux qu’il soit encore judicieux de miser autant sur des cours ex cathedra devant des auditoires de plus de 300 étudiants.  La mise en œuvre de Bologne pourrait être l’occasion de déplacer le centre de gravité de l’enseignement vers les activités plus participatives de type séminaires, forums, exercices de laboratoire et “ tutorials ”, dont la caractéristique commune est de stimuler le sens des responsabilités et l’esprit d’initiative  des étudiants. En contrepartie, et pour rester dans un cadre financier réaliste, le temps de présence exigé des étudiants serait réduit. Pour remplacer une partie de l’enseignement frontal, ces  derniers seraient appeler à travailler davantage de manière autonome, en s’appuyant à la fois sur les manuels propédeutique et sur les nouvelles technologies de l’information.

Garantir l’accès au master

Si l’accès au master fait l’objet d’une sélection, les université seront tentée de se débarrasser de nombre d’étudiants après l’obtention du bachelor. Cela aboutirait à une réduction inacceptable de la qualité et de la solidité des formations offerts. Il est donc décisif que chaque titulaire de bachelor puisse étudier jusqu’au master,  ce dernier correspondant à la licence actuelle. Dans cette perspective, il pourrait être judicieux de déroger à la déclaration de Bologne, en renonçant à imposer aux bachelors universitaires la compatibilité avec le marché du travail.

Les passerelles depuis les HES 

La question de l'accès des titulaires d'un bachelor HES/HEP aux masters universitaires de la même branche est délicate, notamment en raison du flou  qui entoure le niveau réél des HES. 

Une proposition consiste à rendre possible le passage d’un bachelor HES à un master universitaire, moyennant le rattrapage autonome de certaines bases théoriques. En tous les cas, le principe de l'égalité de traitement doit être respecté: lorsque les contenus concordent, pas question de mettre des obstacles. Et l'acquisition des quelques crédits manquants par le titulaire de bachelor HES pourrait se faire en marge du master universitaire.


Egalité des chances et Bologne

Une mise en œuvre qui accroîtrait  la durée et la charge de travail rendrait l’existence impossible à ceux qui doivent gagner eux-mêmes tout ou partie de leur revenus. Or, aujourd’hui, 78% des étudiants exercent une activité lucrative en marge de leur études. Ce chiffre impressionnant est largement imputable à la faiblesse des bourses d’études en Suisse : leur niveau stagne au quart de la moyenne européenne ! La refonte des cursus est donc indispensable pour éviter une sélection sociale accrue.

Inversement, il faut éviter d’idéaliser la situation actuelle : sur 100 étudiants qui entament des études universitaires, seuls 55 les achèvent avec un titre. Ce phénomène quasiment darwinien a plusieurs causes : faible encadrement, difficultés socio-économiques, démotivation. Etonnement, l’échec formel aux examens ne représente qu’un part infinitésimale du « drop-out ». Une mise en œuvre intelligente de Bologne pourrait apporter une amélioration considérable sur l’adéquation de l’encadrement. Elle permettrait à ceux qui abandonnent avant la licence de posséder au moins un  bachelor reconnu.

¨Tôt ou tard, et indépendamment de Bologne, la question de l’amélioration de l’offre de bourses d’études en Suisse devra être abordée. Le besoin de personnel très qualifié ne cesse de croître et l’on investit des sommes importantes dans l’offre de formation sans s’assurer que les jeunes puissent les suivre dans des conditions décentes. Cette incohérence cause la pertes de talents. Elle est injustifiable sur le plan de l’équité et de l’efficacité. Il serait judicieux que la Confédération reprenne complètement à son compte le soutien aux étudiants pour le secteur tertiaire. De surcroît, cela permettrait de garantir une vraie mobilité intercantonale et résoudre les problème d’égalité de traitement entre étudiants provenant de différents cantons.

 

 

Domaine Public, 31 janvier 2003

 

 

  

 

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